Par Éric Urmes, éducateur canin et fondateur de Planète WOOF
L’alimentation BARF (pour Biologically Appropriate Raw Food, soit « nourriture crue biologiquement appropriée ») est devenue un sujet brûlant dans le monde canin. Viandes crues, abats, os charnus, poissons, légumes parfois… ce régime se veut plus proche de ce qu’un chien consommerait dans la nature. Mais derrière cette tendance, que dit vraiment la science ? Est-ce une avancée bénéfique pour la santé de nos compagnons à quatre pattes, ou une idée séduisante sans fondement ? J’ai creusé le sujet à fond pour vous proposer une réponse claire, objective et basée sur les recherches les plus récentes.
Qu’est-ce que l’alimentation BARF ?
L’alimentation BARF repose sur une idée simple : offrir au chien une nourriture crue, non transformée, composée principalement de produits d’origine animale (viande crue, abats, os charnus, parfois poisson) et, selon les variantes, de légumes ou d’huiles. Le tout, sans additifs industriels ni cuisson.
L’objectif ? Revenir à une alimentation « naturelle », supposée plus digeste, plus saine, et plus adaptée à l’espèce canine. Beaucoup de dogparents qui se tournent vers le BARF rapportent des changements positifs : pelage plus brillant, selles plus petites, énergie en hausse, meilleure haleine…
Mais est-ce que tout cela est confirmé scientifiquement ?
Ce que dit la science : une synthèse des études les plus sérieuses
Au cours des dix dernières années, plusieurs études scientifiques ont tenté de répondre à cette question. Voici ce qu’on peut en retenir :
1. Une meilleure digestibilité et des selles plus fermes
Des recherches ont montré que les chiens nourris au cru digèrent mieux certains nutriments, notamment les protéines et les graisses. Les selles sont souvent plus petites, plus fermes, et moins odorantes. Cela reflète une meilleure assimilation des aliments.
Étude Algya et al., 2018 : les régimes crus sont plus digestibles que les croquettes, avec une meilleure absorption des nutriments.
2. Un microbiote intestinal différent, parfois plus diversifié
Le microbiote intestinal (la flore digestive) des chiens nourris au BARF est souvent plus diversifié que celui des chiens aux croquettes. Cela pourrait être bénéfique, car une diversité microbienne est associée à une meilleure santé intestinale.
Étude Sandri et al., 2017 : les chiens sous BARF présentent une flore intestinale plus riche, et des selles de meilleure qualité.
3. Une potentielle réduction des allergies et maladies de peau
Certaines études suggèrent que les chiens nourris crus dès leur plus jeune âge développent moins de problèmes de peau ou d’allergies plus tard. En particulier, l’exposition précoce à des abats crus pourrait jouer un rôle protecteur.
Étude Hemida et al., 2021 (Finlande) : les chiens nourris cru pendant leur croissance ont moins de risques de dermatite atopique adulte.
4. Un impact sur l’immunité locale, surtout au niveau de l’intestin
Le cru stimule certaines défenses immunitaires locales, comme les immunoglobulines intestinales (IgA) et des enzymes anti-inflammatoires. Cela pourrait aider à mieux réguler l’inflammation au niveau digestif.
Étude Hiney et al., 2024 : une meilleure réponse immunitaire locale, sans effet notable sur l’inflammation systémique.
5. Pas de différence majeure sur la santé globale à court terme
Sur des chiens adultes en bonne santé, aucune étude n’a montré que le BARF améliorait significativement les bilans sanguins ou la santé générale comparé à une alimentation industrielle de qualité.
Étude Dodd et al., 2021 : santé équivalente entre chiens BARF et chiens croquettes, à quelques détails près (selles, pelage).
Mais attention : des risques bien réels
Si les bénéfices du BARF sont intéressants, ils ne vont pas sans contreparties.
1. Risque d’infections bactériennes
Les viandes crues peuvent contenir des bactéries pathogènes (Salmonella, Listeria, E. coli, etc.). Ces germes peuvent infecter le chien… et aussi les humains vivant avec lui. Les jeunes enfants, les personnes âgées ou immunodéprimées sont particulièrement à risque.
Études multiples : contamination fréquente de la viande crue par des agents pathogènes potentiellement dangereux.
2. Risque de carences ou de déséquilibres
Contrairement à ce qu’on pourrait croire, une ration crue n’est pas forcément équilibrée. Beaucoup de recettes maison sont carencées (calcium, iode, vitamines), ou à l’inverse surdosées (excès de foie, phosphore). Sans formulation sérieuse, cela peut conduire à des problèmes de croissance, de reins, ou de squelette.
Études vétérinaires : la majorité des rations BARF maison analysées sont déséquilibrées.
3. Diffusion de bactéries résistantes aux antibiotiques
C’est sans doute l’un des points les plus préoccupants. Des études ont montré que les chiens nourris cru hébergent plus fréquemment des bactéries multirésistantes. Ces bactéries peuvent se transmettre à l’humain et représenter un danger en cas d’infection.
Étude Morgan et al., 2024 : le BARF augmente le portage fécal d’E. coli résistantes aux antibiotiques critiques.
En résumé : le BARF, entre promesses et précautions
L’alimentation crue peut offrir des avantages concrets : meilleure digestibilité, microbiote plus diversifié, possible amélioration de certains troubles cutanés ou digestifs.
Mais ces bénéfices ne sont ni miraculeux, ni garantis. La santé d’un chien dépend d’un ensemble de facteurs, pas seulement de son régime alimentaire. Et les risques d’infection, de déséquilibre nutritionnel ou de contamination bactérienne sont bien réels.
Le BARF n’est donc pas une mode vide de sens, mais il doit être mis en place avec rigueur, en collaboration avec un vétérinaire ou un nutritionniste spécialisé·e. Et si vous choisissez de rester sur une alimentation industrielle de qualité, rassurez-vous : elle peut parfaitement convenir à votre chien et lui permettre de vivre en pleine forme.
Mon conseil de pro
En tant qu’éducateur canin, je croise chaque jour des dogparents qui souhaitent le meilleur pour leur compagnon. Et c’est une belle démarche. Mais attention aux effets de mode et aux discours trop tranchés sur les réseaux sociaux.
Que vous choisissiez le BARF ou non, l’essentiel reste de proposer une alimentation complète, adaptée, bien formulée et bien tolérée par votre chien. Et de toujours garder en tête que ce qui fonctionne pour l’un ne fonctionnera pas forcément pour l’autre.
Besoin d’être accompagné·e dans vos choix alimentaires ou dans l’éducation de votre chien ? Je suis là pour vous aider, avec bienveillance et expertise.
Éric Urmes – Éducateur canin, fondateur de Planète WOOF