Comprendre, prévenir et protéger son chien
Par Eric Urmes – Éducateur canin, fondateur de Planète WOOF
Quand on confie son chien à une pension canine ou qu’il fréquente des congénères (en balade, au parc, en éducation…), il est essentiel de connaître un risque infectieux courant mais évitable : la toux du chenil. En tant qu’éducateur canin et responsable de pension, je vous propose ici un article complet pour comprendre ce qu’est vraiment cette maladie, quels en sont les agents responsables, comment la vaccination fonctionne (et ses limites), et surtout comment vous pouvez protéger efficacement votre compagnon.
Qu’est-ce que la toux du chenil ?
La toux du chenil, aussi appelée trachéobronchite infectieuse canine, est une maladie très contagieuse qui affecte les voies respiratoires supérieures du chien. Elle provoque une toux sèche et profonde, parfois accompagnée de haut-le-cœur, comme si le chien essayait de “cracher quelque chose”.
Bien qu’elle soit le plus souvent bénigne chez les chiens adultes en bonne santé, elle peut entraîner des complications plus graves chez les chiots, les chiens âgés ou fragiles. Et surtout, elle est extrêmement contagieuse, en particulier en collectivité (pensions, refuges, cours collectifs, etc.).
Toux du chenil : une maladie multifactorielle
Contrairement à ce que l’on pense parfois, la toux du chenil n’est pas due à un seul germe, mais à un ensemble de virus et de bactéries qui agissent souvent ensemble. Parmi les principaux responsables, on retrouve trois “acteurs majeurs” :
1. Bordetella bronchiseptica
C’est une bactérie, et l’agent le plus fréquemment identifié. Elle est très contagieuse et peut se transmettre par simple contact avec un chien porteur, ou par les gouttelettes en suspension dans l’air.
2. Le virus parainfluenza (CPiV)
C’est un virus respiratoire canin qui affaiblit les défenses locales de l’appareil respiratoire. Il ouvre la voie à des surinfections bactériennes, comme celle de Bordetella.
3. L’adénovirus canin de type 2 (CAV-2)
Moins souvent cité, mais présent dans certaines formes de la maladie. Il est responsable d’affections respiratoires et est souvent inclus dans les vaccins “de base”.
Ces agents peuvent être présents seuls ou en combinaison, mais c’est souvent l’association de plusieurs d’entre eux qui provoque les symptômes les plus marqués. C’est pour cela qu’on parle parfois de “complexe toux du chenil”.
Comment se transmet la toux du chenil ?
La transmission se fait essentiellement par voie aérienne, via les éternuements, la toux ou les léchages entre chiens. Le virus et la bactérie se propagent aussi par les objets contaminés : gamelles, jouets, harnais, etc.
C’est ce qui explique que les milieux où les chiens vivent en groupe (pension canine, refuge, chenil, mais aussi cours collectifs ou parcs à chiens) sont des lieux à haut risque de contamination.
Quels sont les symptômes de la toux du chenil ?
Les signes les plus fréquents sont :
- Une toux sèche, forte, en quintes, parfois déclenchée par l’excitation ou la pression sur le cou (collier).
- Des haut-le-cœur ou vomissements de mousse blanche après la toux.
- Parfois, une légère fièvre, un abattement ou une perte d’appétit.
- Un écoulement nasal ou des yeux humides peuvent aussi apparaître.
La plupart des chiens guérissent spontanément en une à deux semaines. Mais chez les plus fragiles, cela peut évoluer vers une bronchite ou une pneumonie.
Quelle est la meilleure prévention ? La vaccination, oui, mais pas n’importe comment.
C’est ici que les choses se compliquent un peu, mais je vais vous guider simplement.
Tous les vaccins ne se valent pas
Il existe plusieurs types de vaccins contre la toux du chenil, et aucun vaccin unique ne protège contre tous les agents en même temps. On distingue :
1. Le vaccin “de base” (CHPPi)
Il est souvent fait chez le chiot, puis rappelé tous les 1 à 3 ans. Il protège contre :
- Carré
- Hépatite de Rubarth (CAV-2)
- Parvovirose
- Parainfluenza (CPiV)
Mais attention : il ne protège PAS contre Bordetella bronchiseptica.
2. Le vaccin spécifique “toux du chenil”
Il en existe sous différentes formes :
- Intranasal (ex : Nobivac KC, Versican BBPi IN) : à instiller dans les narines. Protège contre Bordetella et parainfluenza.
- Injectable (ex : Pneumodog) : à injecter sous la peau. Généralement contre Bordetella et/ou parainfluenza.
- Oral (ex : Versican BB Oral) : une alternative pour les chiens sensibles.
Pour être vraiment protégé, votre chien doit être vacciné contre Bordetella ET contre le virus parainfluenza.
Comment savoir si mon chien est bien vacciné ?
Sur le carnet de santé ou le passeport européen, regardez l’étiquette collée et/ou les mentions manuscrites :
- Si vous voyez CHPPi, c’est le vaccin de base. Il ne suffit pas.
- Si vous voyez KC, BbPi, BBPi, ou les noms commerciaux comme Nobivac KC ou Pneumodog, c’est bon signe.
En pension, je demande une vaccination spécifique contre la toux du chenil, en plus des vaccins classiques. Cela inclut obligatoirement Bordetella.
Et si mon chien n’est vacciné que contre 2 agents sur 3 ?
C’est une situation fréquente. Par exemple :
- Il est à jour de son CHPPi (donc couvert pour parainfluenza + adénovirus)
- Mais il n’a jamais reçu de vaccin contre Bordetella
Dans ce cas, il reste vulnérable. Le risque de contamination reste élevé en collectivité.
Et inversement, un chien vacciné uniquement contre Bordetella peut contracter la forme virale de la toux du chenil.
Moralité : pour une vraie protection, il faut les deux valences. Parlez-en à votre vétérinaire.
En tant que pension canine, voici ce que je recommande
Pour protéger votre chien (et les autres) :
- Vaccinez-le au moins 7 jours avant son entrée en pension (10 jours, c’est encore mieux)
- Vérifiez bien la présence de la mention KC ou Bordetella sur le carnet
- Respectez les rappels annuels
- En cas de toux, ne l’amenez pas en pension et consultez votre vétérinaire
Je précise que, même vacciné, un chien peut attraper une forme légère de la toux du chenil (car aucun vaccin n’est efficace à 100%). Mais il sera bien mieux armé pour y faire face.
Conclusion
La toux du chenil est une maladie courante mais évitable si l’on comprend bien son fonctionnement. En tant qu’éducateur et gestionnaire de pension canine, je croise régulièrement des chiens mal ou partiellement vaccinés… faute d’information claire. J’espère que cet article vous aura aidé à mieux comprendre l’enjeu.
En résumé :
- La toux du chenil n’est pas un seul germe, mais un cocktail de virus et de bactéries.
- Le vaccin de base CHPPi ne protège pas complètement.
- Il faut une protection spécifique contre Bordetella bronchiseptica.
- Le risque en collectivité est réel, mais la prévention est simple et efficace.
Protégez votre loulou… et ceux des autres.
Eric Urmes
Éducateur canin – Planète WOOF